Du Vivant Sous Les Plis

Incarnation

Création les 2 & 3 février 2021 au théâtre des Bains-Douches , Le Havre dans le cadre du festival Pharenheit
 

Conception, Chorégraphie et Interprétation :

Margot Dorléans


Dispositif plastique : Laure Delamotte-Legrand


Dispositif et création sonore : Laurent Durupt


Lumières : Mael Iger
Regard Extérieur : Maxime Guillon-Roi-Sans-Sac


Production : Du Vivant Sous Les Plis
Coproduction (en cours) : Le Volcan-Scène Nationale du Havre en partenariat avec Le Phare-CCN du Havre et Le Théâtre de Bains-Douches

Chorège / CDCN Falaise Normandie
 

Spectacle accueilli en résidence de création par :

les Franciscaines/Deauville,

théâtre de l’Étincelle-Rouen,

La Bazooka au Wine and Beer - Le Havre,

théâtre des Bains-Douches-Le Havre

Incarnation est un dispositif immersif pour une danseuse, une œuvre plastique et une composition sonore où la voix s’incarne, et prend la forme d’un chant intérieur qui transforme le corps et l’espace. Une plongée par la vibration vocale au cœur des espaces corporels symboliques d’une vie interne féminine: l’espace du bassin et celui des cordes vocales, lieu physique de l’expression.
Une création comme un chant intérieur d’une identité féminine.

"Une matière fidèlement contemplée produit des rêves"

(G. Bachelard)

Intentions

A l’instar de mes deux premières créations (Vertébrés et Confier), le corps, en tant que matière vivante, est le centre à partir duquel se déploie la danse, l’espace sonore et celui du plateau.


Avec Incarnation, le matériau corporel principal sera la voix pour mettre le corps et l’espace en mouvement. La voix a cette qualité d’être unique, propre à chaque individu, impalpable mais non moins tangible ; elle est instrument de communication et se dirige vers l’extérieur afin de communiquer. Il s’agira donc d’inverser le sens de la voix, comme si le son partait à la découverte du corps, en lui ; et d’envisager la voix d’abord comme un son venant faire vibrer des espaces corporels précis. Les sons émis récupérés via un système de captation pourront être à la limite de l’audible et seront autant de vibrations internes qui sous-tendront la mise en mouvement du corps et l’écriture chorégraphique.

Cette exploration de la vibration vocale entrera en résonance avec l’espace du petit bassin et du centre féminin. La voix, comme reflet de la personnalité intime, le centre féminin comme foyer de la création au sens large seront mis en résonance pour dire « plus » que le corps et parler de mon expérience du féminin ; dans ce qu’elle porte d’un potentiel de transformation. Un travail de la voix pour porter une voie intérieure.

Genèse

L’idée de ce solo est arrivée peu de temps après la création de Confier alors que je sortais d’une retraite de Yoga d’une semaine dont le thème était « Yoga au féminin sacré ». Il m’est apparue assez claire que mon travail avait à faire avec le registre de « l’intime » en lien avec l’organique, dans le sens de réalité profonde et de vie interne; et après la forme du duo de Confier, la forme du solo est venue comme une évidence avec le désir de creuser davantage en solitaire au cœur de l’organique de mon intimité.

 

Le féminin, au-delà des questions de genre porte une réalité intime profonde. La définition du dictionnaire dit : « qui appartient au sexe apte à produire des ovules » par opposition au masculin mais il nous dit aussi « qui appartient en propre à la femme » ou encore « correspondre à l’image physique, sexuelle, psychologique que l’homme ou la société se fait de la femme et de la féminité ». Je me sens incarner ces 3 principales définitions. Aujourd’hui, je suis maman de 3 filles en bas-âge dont des jumelles et je m’entends souvent dire : « Tu y arrives ? » ou « ça ne doit pas être facile ? » sous-entendu « Tu as 3 enfants en bas-âge et tu arrives à trouver le temps de travailler, de créer ? » ou « Tu as du courage mais tu dois bien galérer ! »

 

Le désir de création est un besoin fondamental, ce qui ne veut pas dire que je n’éprouve pas de difficultés à mener tout cela de front, que je ne me heurte pas à des questions d’égalité, aux sempiternels diktats et réalité de la société qui veut que quand même la charge des enfants reviennent de façon plus importante à la mère et que lorsque l’on souhaite continuer à travailler cela demande beaucoup d’énergie, et cela ressemble parfois à un combat pour ne pas baisser les bras.

Je veux pouvoir être mère d’une grande famille et continuer à créer, à m’épanouir dans un métier que j’aime, c’est ma réalité. Et ce qui me motive à continuer, à revendiquer cette place ce n’est pas seulement un besoin, c’est une nécessité pour l’avenir, c’est un modèle que je veux pouvoir transmettre à mes filles pour leur dire qu’elles pourront toujours choisir ce qu’elle veulent par elle-même, sans avoir à correspondre à des désirs qui ne sont pas les leurs.

 

Alors c’est sûr, le studio de danse est aujourd’hui le lieu dans lequel je me retrouve, le lieu où je peux me recentrer, en-dehors de mes responsabilités de maman. En yoga, pour se recentrer on respire en amenant la conscience dans le bas-ventre. Mon ventre a une histoire ; il a accueilli 3 vies. Il est lieu de création et foyer de la créativité.

 

J’ai envisagé de revisiter cette sphère de création par le médium de la voix, qui est aussi le reflet de la personnalité intime, pour pouvoir incarner une puissance fluide. Il se trouve que j’ai découvert que l’espace des cordes vocales et celui du col de l’utérus ont une constitution physiologique qui varie de façon similaire en fonction de l’activité hormonale. Quoi de plus cohérent que de laisser sa voix de femme prendre corps pour prendre sa place de femme par le corps. Je pars en quête de l’énergie féminine qui sous-tend mon être pour peut-être incarner et faire rayonner une puissance douce, fluide et vivante.